OculusKalendierIntra MurosPro litteraeMarmiteAdmissionAutres frères


contact





Hommage à André Spicher

Homme de lettres et de sciences, André Spicher s’est éteint dans sa 98ème année le 20 août 2000. Pendant plus de 80 ans adelphien de cœur, il a présidé durant 35 ans aux destinées des Vieux-Adelphiens. Son ami d’enfance Marcel Bianchi, adelphien engagé également, lui rend hommage.

Un soir d’automne de l’an 1920 la société Adelphia tenait séance en son local de la rue des Eaux-Vives. Elle accueillait deux candidats qui se présentaient avec des travaux écrits. Ils ne se connaissaient pas l’un l’autre. Le premier, André Spciher, proposait son travail sur le poète français François Coppée ; le second, votre serviteur, présentait le sien sur le poète André Chénin. Pourquoi le choix de ces deux poètes ?

A cette séance assistaient quelques étudiants devenus universitaires, ayant récemment quitté le Collège et l’Adelphia qu’ils avaient le mérite d’avoir « réveillée » en 1918. C’est ainsi qu’ils purent suivre attentivement le développement de notre société. Leur attention se fixa sur André Spicher, non seulement à cause de sa vivacité d’esprit mais aussi parce qu’il était élève de la section classique du Collège qui avait été la leur. Ils lui donnèrent le vulgo d’Ajax, nom de deux personnages, deux guerriers de la mythologie grecque qu’ils avaient rencontrés dans les écrits d’Homère.

Dès 1921, Spicher fut le président incontestable d’Adelphia. Il était certainement un surdoué capable de réussir brillamment dans toutes les branches d’étude. Son activité s’exerçait dans les domaines les plus divers : arts, sciences et il donnait encore des leçons privées : nécessité car il était seul avec sa mère à laquelle il était profondément attaché.

Il a conduit Adelphia d’une main ferme, avec parfois intransigeance. Il a fait respecter la Société.

Il a amené à Adelphia l’écrivain Jean Marteau, avec lui en classique et avec lequel il avait des liens amicaux.

Au moment où notre « volée » quittait le Collège avec le diplôme de maturité (1922), André Spicher sortait en tête de la section classique et recevait le prix Gillet qui était bien mérité.

Possédant une belle culture en lettres françaises et langues anciennes, il s’était distingué dans les mathématiques et c’est vers elles qu'il se tourne pour se préparer à un enseignement. Il fut un professeur de math très aimé de ses élèves. D’aucun se souvienne ses bonnes manières, et son arrivée magistrale en moto « Sunbeam » dans la cour du Collège (un événement à l’époque), vêtu de guêtres. Mais le sort cruel ne l’a pas épargné. Durant cette période d’activité, il a été frappé à deux reprises par un infarctus du myocarde. Au lieu d’une promotion que je peux supposer, il a dû interrompre son enseignement en degré secondaire et prendre prématurément sa retraite. Il n’a toutefois jamais perdu son souffle : nageur émérite, il plongeait en apnée.

Il s’était marié avec une jeune personne comme lui intelligente, comme lui attachée à tout ce qui est culturel et de bon aloi (si on peut dire). Gilberte a été parfois une sorte de doublure du secrétariat VA, renseignant sur ses membres perdus de vue ou vivant loin à l’étranger. On se souvient des convocations aux grandes Assemblées (banquets, etc.) tapées à la machine et encadrées avec soin… De plus, lorsqu’il fallait représenter Adelphia avec dignité (cortèges ou autres), il se trouvait que du matériel avait disparu par la négligence de certains jeunes et c’est le couple Spicher qui se mettait en quête des réparations, par exemple du tissu pour refaire les écharpes. Un Ruban d’honneur lui aura été décerné à titre posthume. La disparition de Gilberte a frappé André de façon si cruelle qu’elle a hâté la destruction de cette merveilleuse intelligence.

N’oublions pas qu’il a souvent porté nos deux sociétés sur ses épaules. Et dans les années 70, c’est lui qui a restauré la société des jeunes. Les « afternoon tea » avec petits gâteaux et service d’argenterie qu’il organisait avec le président des jeunes dans son appartement de la rue du Mont-de-Sion resteront mémorables pour toute une autre génération.

Adelphia c’était Spicher ; et Spicher –distingué Président et Ruban d’Honneur- c’était l’Adelphia.

Adieu Ajax !

Marcel Bianchi.

Vandoeuvres, chemin Manoret 2 – 12 octobre 2000



Copyright Adelphia Gevensis 2009